Tempo Théâtre est une compagnie professionnelle basée à Rodez et dirigée par l'acteur et metteur en scène Filippo de Dominicis.

 

La compagnie naît à Conques (Aveyron) en 2011 et prend forme avec la création de La nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès avec Pierre-Benoît Duchez, en 2012.

 

Tempo Théâtre suit une démarche d’écriture de scène qui place l’acteur au centre du processus de création : il est considéré comme auteur de la pièce qu'il joue, il écrit sur la scène sa création.
L'acteur n'est pas interprète d'un personnage littéraire, il n'est pas un "medium" ou un "passeur de texte", il n'est pas au service du désir d'autrui (dramaturge, metteur en en scène, public) ;  il se sert du texte pour dire soi même, laissant émerger les masques et les figures qui habitent son imaginaire. L'acteur peut ainsi jouer le texte sans intention préconçue et libérer l'intelligence créative de son corps. Le texte reste avant tout une matière sonore, qui prend sens à l'écoute du spectateur ; le corps est quant à lui porteur d'une forme plastique, rythmique et musicale, et la scène l'espace concret, selon la célèbre définition d'Artaud, qui attend d’être rempli pour parler son langage.

 

Tempo Théâtre considère la création d'une pièce comme la définition d'un cosmos, forme ordonnée issue d'un chaos qui doit brûler dans le regard du spectateur et activer son écoute émotionnelle.

 

Le théâtre serait ainsi tout ce qui dépasse le spectacle, comme le charbon qui reste à la fin du rite.

Tempo en italien signifie à la fois le temps et le rythme : le "souffle" qui se consume dans un présent continu entre le corps de l’acteur et le regard du public.

 

 

Écouter.
Regarder.
Jouer.
Ne pas se regarder jouer.
Pas de visage sans masque.
Habiter l'interstice entre masque et visage.
Laisser le personnage chez lui : sur la page.
Parler, résonner, ne vouloir rien dire.
Jouer le texte comme une matière.
Laisser tout message hors scène : obscène.
Pas d'action : être agi.
Sans volonté dans le corps.
Respecter le public : il n'a pas besoin de didascalies.
Feindre pour être vrai, ne pas faire semblant d'être vrai.
Pas d'intentions.
Chercher la voix avant que la parole.
Chercher le corps dans la voix.
Chercher le corps de la voix.
Chercher la musique du corps.
Être chanté.
Être dansé.
Ritualiser l'espace sans afficher le rite.
Tenter de transformer l'espace concret en scène métaphysique.
Écrire la scène par les mots et les choses : corps vivants et objets morts.
Pas de décor, que de la lumière et de l'ombre.
Pas de photographie.
Pas de vidéo.
Traiter les objets comme des êtres, non pas comme des outils.
Traiter chaque musique comme un sujet, ne pas s'en servir.
Essayer de ne pas doubler la vie, si jamais on en sait quelque chose.
Traiter tout corps comme sacré, aucune parole comme sacrée.
Chercher le souffle, le rythme: fragile battement entre plusieurs infinis.
Tisser le texte au présent : pas de récitation.
Pas de confession.
Pas de psychologie.
Moins de logos que possible.
Créer des figures pour évoquer le mythe.
Jouer à la limite entre Mythos et Logos.
Faire âme avec le public.
Chercher la relation.
Pas de politique.
Aucune provocation.
Jamais communiquer.
Tuer toute affirmation de soi par le rire ou le pleur : l'émotion comme catastrophe du sentiment.
Chercher le comique.
Chercher le tragique.
Chercher le degré zéro du langage.
Comme les enfants, ne pas plaisanter : jouer tout le temps de la pièce.
Être surpris.
Être enchanté.
Remercier le public.
Savoir disparaître.
Savoir oublier.
Filippo De Dominicis
Prière nocturne pour un théâtre sans spectacle
Théâtre Le Ring, Toulouse, 6 maggio – 7 maggio 2014