Dans la solitude des champs de coton

photo Antoine Nguyen

 

 

 

De Bernard-Marie Koltès
Avec :
Jean-Marie Champagne, Pierre-Benoît Duchez
Mise en scène :
Filippo De Dominicis

Scénographie, dessin des lumières et costumes : Filippo De Dominicis, avec la collaboration de Pierre-Benoît Duchez et Dominique Weil

Son : Barthélemy Balderacchi

Musique originale: Bernard Molinié

Coproduction: Tempo Théâtre - SmartFr Toulouse, Conseil Départemental de l'Aveyron, Théâtre du Pont Neuf (Toulouse), Communauté des Communes Conques-Marcillac.

Avec le soutien de Aveyron Culture Mission Départementale de la Culture, de l'association Vallon de Cultures, de la MJC de Rodez et de la Menuiserie de Rodez.

Administration: SmartFr Toulouse  

 

 

« Le premier acte de hostilité, juste avant le coup, c’est la diplomatie, qui est le commerce du temps. Elle joue l’amour en l’absence de l’amour, le désir par répulsion. Mais c’est comme une forêt en flammes traversée par une rivière : l’eau et le feu se lèchent, mais l’eau est condamnée à noyer le feu, et le feu forcé de volatiliser l’eau. L’échange des mots ne sert qu’à gagner du temps avant l’échange des coups, parce que personne n’aime recevoir de coups et tout le monde aime gagner du temps. Selon la raison, il est des espèces qui ne devraient jamais, dans la solitude, se trouver face à face. Mais notre territoire est trop petit, les hommes trop nombreux, les incompatibilités trop fréquentes, les heures et les lieux obscurs et déserts trop innombrables pour qu’il y ait encore de la place pour la raison. »

 

Bernard-Marie Koltès

 


Dans l'«obscurité du crépuscule», les routes d'un dealer et d'un client se croisent, par le jeu du hasard ou du destin. Comme un araignée avec sa proie, le dealer attend le passage du client. Ce dernier descend d'une « fenêtre éclairée » et va vers une autre, conscient de traverser une zone inconnue, obscure, qui l'attire et lui fait peur, où le désir se libère des règles qui régissent le monde en surface, et les corps cherchent et craignent le contact. La langue est élégante et recherchée, la forme est classique - un dialogue -, et les mots, choisis avec soin et précaution, sont aiguisés comme des couteaux. Le dialogue est « la danse de l'hostilité » qui tente inutilement de retarder l'affrontement. L'auteur construit un mécanisme très calibré, symétrique, dans un temps suspendu, où les personnages deviennent les deux figures d’un « agôn post-tragique ». Il n'y a plus de rites pour mettre en scène une loi suprahumaine qui puisse soustraire le corps à la mort naturelle par un assassinat symbolique, ce qui était le cœur de la tragédie archaïque. La loi, c'est le marché qui la fait, et le désir n'est qu'une pulsion à satisfaire à l'infini, par une sorte d' illusion d'immortalité, qui rend la possibilité de la mort insensée et grotesque. « 
Il n'y a pas d'amour », « Il n'y a pas de règles, il n'y a que des moyens, il n'y a que des armes ».