Bernard-Marie Koltès : Diptyque de la Nuit

La nuit juste avant les forêts - Dans la solitude des champs de coton

 

 

La nuit est la scène de ces deux textes, intimement liés entre eux. Mais ce n'est pas tout simplement la nuit de la ville, où s'agitent les personnages, c'est aussi la nuit en tant qu'archétype, domaine d’Éros et Thanatos, le non-lieu onirique où résonne une parole archaïque.

 

La nuit de Koltès est un temps dilaté, suspendu, qui met en correspondance les fantômes du désir et les mémoires, les paysages temporels de toutes les époques. Le temps perd son sens chronologique et devient temps « chronique », sans narration, où le « je t'aime » a besoin de soixante pages pour être enfin prononcé, mais reste présent dans chaque mot (La nuit juste avant les forêts); où l'affrontement est renvoyé par un lente danse diplomatique qui précède le choix des armes (Dans la solitude des champs de coton).

 

Le corps de ces textes, c'est la langue française, recherchée et littéraire ; c'est le rythme et la musicalité de l'écriture qui créent le drame, dont le sens est ouvert par le son des mots.

Filippo De Dominicis