"Tout vrai langage est incompréhensible"

 

"C'est dans l'espace hanté par le théâtre que les choses trouvent leurs figures, et sous les figures, le bruit de la vie"

 

(Antonin Artaud)

 

"L'écriture de scène c'est tout ce qui n'est pas le texte en amont, c'est le texte sur la scène: le texte a donc la même importance que le plan de feu, la musique, un morceau de bois. L'écriture de scène est ainsi confiée à la fierté de l'acteur en tant que sujet, non en tant qu'ego s'identifiant dans un rôle."

 

(Carmelo Bene)

 

"Pensez les structures légères. Fixez peu de choses. Laissez que le discours se transforme en se faisant. Si vous capturez des forces, vous donnerez vie aux formes. Les forces sont dans le temps ; ce qui donne vie aux formes c' est le temps. Le théâtre est le temps. L'art est le temps. Le temps de la scène est le temps vif de nôtre vie. Certains veulent le temps mort. Il y en a qui nous voudrait morts. Défendons nous."

 

(Claudio Morganti)

 

Au nom du père (2016 - 2020)

 

Depuis sa naissance, la compagnie Tempo Théâtre s'intéresse aux traces de l'antiquité, aux archétypes mythologiques qui se retrouvent dans l'évolution de la pratique théâtrale. Cette recherche avait déjà été initiée par la compagnie dans sa mise en scène de deux textes de Bernard-Marie Koltès, La nuit juste avant les forêts et Dans la solitude des champs de coton, réunis au sein d’une même œuvre théâtrale baptisée Diptyque de la nuit (2012-2016). A partir de la dramaturgie et de la langue de l'auteur, la compagnie partait à la découverte de ce qui évoque une parole archaïque. Plus particulièrement, c’était la figure du labyrinthe, associée à celles de la forêt et de la nuit, qui avaient motivé la recherche et les écritures scéniques.

 

La figure du père, ses masques et ses symboles, est le point de départ du prochain parcours, qui se déclinera selon différentes directions.

 

Œdipe Utopie

 

Œdipe est un mythe fondateur. De la tragédie grecque jusqu’à la psychanalyse, de la philosophie à la littérature et aux autres arts, cette histoire ne cesse de ramener le destin humain aux questions du père, de la loi, de l'interdit, du meurtre, de la transgression, du sacrifice, de la perte, de la catharsis et de l'errance.

 

Comme dans toute création de Tempo Théâtre, le metteur en scène propose aux acteurs une perspective de recherche à partir d’éléments textuels et matériels ; la création se féra par étapes, au fil d’un parcours de petites résidences qui donneront lieu à des « chutes » : créâtions qui, d’une part, seront autonomes, présentées au public en tant que telles et, d’autre part, feront partie intégrante de la création en devenir.

Nous partons du constat que l’accomplissement d'une tragédie antique est aujourd’hui une utopie, au sens étymologique du terme :  elle "n'a pas de lieu", car nous vivons dans une civilisation qui a désacralisé l'art et en a fait une marchandise parmi d'autres, une décharge organisée de «produits». Nous imaginons une œuvre nomade, qui se crée par fragments, par une série de résidences brèves qui donnent lieu à une seule représentation.

Là ou l'image vidéo est reproduisible à l'infini, le théâtre se pose comme "remède esthétique", dans l'effort utopique de revenir au sensible de l’événement qui se donne une fois seulement, sans répétition possible.

 

Première résidence de création:

TPN (Théatre du Pont Neuf)

Toulouse

17-28 avril 2018

 

restitution sur invitation

samedi 28 avril

 

Diptyque de la nuit

La nuit juste avant les forêts - Dans la solitude des champs de coton

de Bernard-Marie Koltès

 

La nuit est la scène de ces deux textes, intimement liés entre eux. Mais ce n'est pas tout simplement la nuit de la ville, où s'agitent les personnages, c'est aussi la nuit en tant qu'archétype, domaine d’Éros et Thanatos, le non-lieu onirique où résonne une parole archaïque.

 

La nuit de Koltès est un temps dilaté, suspendu, qui met en correspondance les fantômes du désir et les mémoires, les paysages temporels de toutes les époques. Le temps perd son sens chronologique et devient temps « chronique », sans narration, où le « je t'aime » a besoin de soixante pages pour être enfin prononcé, mais reste présent dans chaque mot (La nuit juste avant les forêts); où l'affrontement est renvoyé par un lente danse diplomatique qui précède le choix des armes (Dans la solitude des champs de coton).

 

Le corps de ces textes, c'est la langue française, recherchée et littéraire ; c'est le rythme et la musicalité de l'écriture qui créent le drame, dont le sens est ouvert par le son des mots.