Œdipe Utopie

 

Résidence de création

février 2020

 

Au nom du père (2016 - 2020)

 

Depuis sa naissance, la compagnie Tempo Théâtre s'intéresse aux traces de l'antiquité, aux archétypes mythologiques qui se retrouvent dans l'évolution de la pratique théâtrale. Cette recherche avait déjà été initiée par la compagnie dans sa mise en scène de deux textes de Bernard-Marie Koltès, La nuit juste avant les forêts et Dans la solitude des champs de coton, réunis au sein d’une même œuvre théâtrale baptisée Diptyque de la nuit (2012-2016). A partir de la dramaturgie et de la langue de l'auteur, la compagnie partait à la découverte de ce qui évoque une parole archaïque. Plus particulièrement, c’était la figure du labyrinthe, associée à celles de la forêt et de la nuit, qui avaient motivé la recherche et les écritures scéniques.

 

La figure du père, ses masques et ses symboles, est le point de départ du prochain parcours, qui se déclinera selon différentes directions.

Œdipe Utopie

 

Œdipe est un mythe fondateur. De la tragédie grecque jusqu’à la psychanalyse, de la philosophie à la littérature et aux autres arts, cette histoire ne cesse de ramener le destin humain aux questions du père, de la loi, de l'interdit, du meurtre, de la transgression, du sacrifice, de la perte, de la catharsis et de l'errance.

 

Comme dans toute création de Tempo Théâtre, le metteur en scène propose aux acteurs une perspective de recherche à partir d’éléments textuels et matériels ; la création se féra par étapes, au fil d’un parcours de petites résidences qui donneront lieu à des « chutes » : créations qui, d’une part, seront autonomes, présentées au public en tant que telles et, d’autre part, feront partie intégrante de la création en devenir.

Nous partons du constat que l’accomplissement d'une tragédie antique est aujourd’hui une utopie, au sens étymologique du terme :  elle "n'a pas de lieu", car nous vivons dans une civilisation qui a désacralisé l'art et en a fait une marchandise parmi d'autres, une décharge organisée de «produits».

Là ou l'image vidéo est reproduisible à l'infini, le théâtre se pose comme "remède esthétique", dans l'effort utopique de revenir au sensible de l’événement qui se donne une fois seulement, sans répétition possible.

 

 

 

"Tout vrai langage est incompréhensible"

 

"C'est dans l'espace hanté par le théâtre que les choses trouvent leurs figures, et sous les figures, le bruit de la vie"

 

(Antonin Artaud)

 

"L'écriture de scène c'est tout ce qui n'est pas le texte en amont, c'est le texte sur la scène: le texte a donc la même importance que le plan de feu, la musique, un morceau de bois. L'écriture de scène est ainsi confiée à la fierté de l'acteur en tant que sujet, non en tant qu'ego s'identifiant dans un rôle."

 

(Carmelo Bene)

 

"Pensez les structures légères. Fixez peu de choses. Laissez que le discours se transforme en se faisant. Si vous capturez des forces, vous donnerez vie aux formes. Les forces sont dans le temps ; ce qui donne vie aux formes c' est le temps. Le théâtre est le temps. L'art est le temps. Le temps de la scène est le temps vif de nôtre vie. Certains veulent le temps mort. Il y en a qui nous voudrait morts. Défendons nous."

 

(Claudio Morganti)

Pinocchio

 

 Création scénique

d’Anaïs Massini et Filippo De Dominicis

 

Pinocchio est la parabole de l'incarnation, et donc de la «chute» de l’âme immortelle sur la terre. Mais il est aussi, comme tout conte mythologique, une métaphore : celle du passage de l'enfant tout-puissant, incapable de se définir en «moi mortel», qui tout veut et tout prétend sans limites, à l'adolescent qui voit son enfance perdue, et entame le parcours du «devenir homme», adulte. En ce sens, Pinocchio est un véritable conte initiatique, qui va bien au delà de la morale, qui ouvre vers une transcendance du sens. La figure de Geppetto (diminutif de Giuseppe, Joseph), représente l'homme qui choisit, comme Dieu, de créer son propre fils. Il le sculpte dans le bois, comme Dieu avait créé Adam de la terre, il le «sort» de l'arbre comme s'il en extrayait l'esprit, l’âme. Il choisit d’être père, donc, non pour amour d'une femme, mais pour le désir même d'aimer un fils, de l'éduquer, de le sortir de la nature et d’en faire un homme. Geppetto est une figure éducative par excellence, car il est père par amour, et il est prêt à tout sacrifice pour le fils : il vendra sa veste pour lui acheter l’abécédaire, il ira en prison à sa place, il traversera la mer en barque et il survivra dans le ventre du «Pescecane», pour pouvoir enfin le retrouver. La figure de la Fée, mère absente et magique, sœur et éducatrice cruelle et salvatrice, est de l'ordre du fantasme : elle apparaît et disparaît, meurt et renaît, guide le pantin vers sa transformation finale en enfant. Elle est la «Madonna», au sens de «madomina», mère et patronne, qui mène l'esprit immortel sorti de l'arbre (Pin-occhio, l’œil du Pin, mais aussi l'union de «Pino», Joseph, et «occhio», «l’œil divin») à la forme mortelle de l’être humain.

 

L'acteur metteur en scène Filippo De Dominicis et l'artiste illustratrice Anaïs Massini ont conduit un parcours d'éducation artistique et culturelle s'appuyant librement sur  l’œuvre de Collodi «les aventures de Pinocchio».  Ce  classique   de   la   littérature pour   la   jeunesse   permet   une   approche multidisciplinaire à la question du passage de l'enfance à l'adolescence, et en particulier à la   question   de   l' « autorité »   (parentale   et scolaire,   institutionnelle,   psychologique). Le projet s'est déroulé le long de deux années : avec une classe de CM1-CM2 en 2018 (lecture et illustration d'une sélection de chapitres de l’œuvre, restitution par une exposition des illustrations et une installation sonore) ; avec trois classes de sixième en 2019 (création et jeu du masque, improvisation théâtrale, dessin et création graphique). 

 

A partir de cette expérience, dans laquelle les artistes ont amené les élèves loin du texte d’origine, vers une recherche expérimentale qui leur à permis de se confronter à la liberté de la création personnelle, Filippo De Dominicis et Anaïs Massini vont continuer leur travail commun  par une série de résidences  finalisées à la mise en scène d'une écriture scénique à quatre mains.La création verra la présence de Filippo De Dominicis et Anaïs Massini dans un travail transversal à leurs pratiques, questionnant leurs rôles sur la scène ; la pièce prévoit une performance alternant le texte de Collodi et un texte original.