"Tout vrai langage est incompréhensible"

(Antonin Artaud)

 

"L'écriture de scène c'est tout ce qui n'est pas le texte en amont, c'est le texte sur la scène: le texte a donc la même importance que le plan de feu, la musique, un morceau de bois. L'écriture de scène est ainsi confiée à la fierté de l'acteur en tant que sujet, non en tant qu'ego s'identifiant dans un rôle."

(Carmelo Bene)

 

"Pensez les structures légères. Fixez peu de choses.Laissez que le discours se transforme en se faisant.Si vous capturez des forces, vous donnerez vie aux formes. Les forces sont dans le temps ; ce qui donne vie aux formes c' est le temps. Le théâtre est le temps .L'art est le temps. Le temps de la scène est le temps vif de nôtre vie. Certains veulent le temps mort. Il y en a qui nous voudrait morts. Défendons nous."

(Claudio Morganti)

 

SCHIZOPHONIE

 

Jeu scénique en forme de lecture musicale d'Antonin Artaud

par Filippo De Dominicis et Guy Raynaud

 

 

 

photo Jovite De Courlon

 

 

« C’est dans l’espace hanté par le théâtre que les choses trouvent leurs figures, et sous les figures le bruit de la vie ».

(Antonin Artaud)

 

Au commencement du projet quadriennal « Au nom du père », cette création ouvre un nouveau parcours labyrinthique au centre duquel, après l'aventure du « Diptyque de la Nuit » consacré à deux pièces de Bernard-Marie Koltès, Tempo Théâtre interroge l'archétype du père. Antonin Artaud, est à l'honneur de la recherche, en tant que père du théâtre contemporain : il théorise le renversement de l'ordre et de la hiérarchie entre la scène et la littérature dramatique, donnant à la matière physique du plateau et de la mise en scène la priorité sur le texte.

 

Au-delà de notre langage parlé, de notre parole articulée il y a bien quelques territoires à explorer. Artaud ce fut aussi un grand explorateur de l' « au de-là » du jeu de l'acteur, de la notion de personnage, du sens commun de la dramaturgie. Ce duo, Filippo « étrange lecteur » et metteur en scène, Guy compositeur et « comédien malgré lui », cherchent des matières sonores dans un espace non théâtral, pour créer avec les spectateurs une intimité propice au voyage acoustique et sensoriel. Les corps réagissent ainsi à une matière qu'il a fallu laisser venir envahir les corps, et ce Verbe qui les interpelle, celui d’Artaud, qui les traverse sans les laisser intacts. Dans ce labyrinthe, suspendus entre légèreté et pesanteur d'un jeu à la fois dramatique et quasi-burlesque, Guy et Filippo invitent le public physiquement au centre de la composition, au contact direct avec la matière textuelle découpée dans l’œuvre en en recherchent la vibration sonore, musicale, concrète. La lecture rencontre le mot « être » dit en plusieurs sens, ou Artaud ramène sans cesse la connaissance de l'homme avant tout à

la matière :  celle du son et celle des corps et des voix.

 

La schizophonie consiste à séparer le son de sa source, et à en montrer la séparation, pour lui donner une existence indépendante.

 

Schizphonie est une création nomade : elle n'a pas une fiche technique standardisée, elle se réalise à contact avec les espaces, et se recrée à nouveau à chaque représentation. Les textes pourront changer, les actions et les lectures aussi. Filippo et Guy demandent pour chaque nouvelle mise en scène un temps de résidence d'au moins trois jours, et au moins trois dates de représentation, avec une jauge limitée selon les conditions de l'espace choisi.

 

prochaine dates:

 

1er octobre, O' Garage, St. Cyprien sur Dourdou (18h et 20h)

  31 octobre et 1er novembre, La Menuiserie de Rodez (21h)

Diptyque de la Nuit

La nuit juste avant les forêts - Dans la solitude des champs de coton

de Bernard-Marie Koltès

 

 La nuit est la scène de ces deux textes, intimement liés entre eux. Mais ce n'est pas tout simplement la nuit de la ville, où s'agitent les personnages, c'est aussi la nuit en tant qu'archétype, domaine d’Éros et Thanatos, le non-lieu onirique où résonne une parole archaïque

 

La nuit de Koltès est un temps dilaté, suspendu, qui met en correspondance les fantômes du désir et les mémoires, les paysages temporels de toutes les époques. Le temps perd son sens chronologique et devient temps « chronique », sans narration, où le « je t'aime » a besoin de soixante pages pour être enfin prononcé, mais reste présent dans chaque mot (La nuit juste avant les forêts); où l'affrontement est renvoyé par un lente danse diplomatique qui précède le choix des armes (Dans la solitude des champs de coton).

 

Le corps de ces textes, c'est la langue française, recherchée et littéraire ; c'est le rythme et la musicalité de l'écriture qui créent le drame, dont le sens est ouvert par le son des mots.

 

prochaine date :

 

Dans la solitude des champs de coton

 

samedi 9 décembre

L'Ostal Bourg

46340 Rampoux Lavercantière